Le kayak au collège à St Nazaire (44600) – un apprentissage expérimental

« C’est une manière originale d’aborder la culture à l’école. Les élèves travaillent généralement sur d’autres cultures à partir de lectures ou documentaires. L’originalité du projet est d’y entrer par l’action. Nous pensons qu’on peut mieux comprendre l’autre en s’essayant à ses pratiques. C’est peut-être là d’ailleurs que se situe le profondément culturel : non pas dans les gestes, mais dans ce qu’on éprouve en réalisant ces gestes. » (extrait de l’interview)

Kayak de mer en troisième – ASQAJAQ
https://www.asqajaq.fr/

Vidéo réalisée lors de la 2ème séance de l’année, fin septembre !…

Cool mais pas coule – ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)

Interview de Pierre-Dominique Jan (PDJ) et Nicolas Terré (NT), professeurs E.P.S. (Education Physique et Sportive) – Janvier 2022

Kayak de mer : ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)

GV : Nous trouvons le projet ASQAJAQ (Association Sportive QAJAQ) très original et passionnant, mais nous ne le connaissons que par les vidéos qui sont sur votre site. Pourriez-vous nous le présenter ?

PDJ-NT : En effet, initialement c’est le site ASQAJAQ et sa vidéo hebdomadaire qui nous ont fait connaître. Au départ, le blog était une sorte de cahier de texte pour rendre compte de notre travail. Nous voulions aussi une trace vidéo que les élèves puissent exploiter. Nous savions, pour l’avoir expérimenté dans nos propres apprentissages, l’importance de l’image pour prendre conscience de son corps. Quand un élève voit sur la vidéo que sa tête sort trop vite sur Kinnguffik paarlallugu (1) ou que sa pagaie plonge dans Innaqatsineq (2), c’est très parlant.

Les rushes sont analysés en classe lors d’une heure dédiée au projet et nous gardons les plus belles images pour la vidéo hebdomadaire. Progressivement, ces films sont devenus quelque chose qui raconte une histoire commune. Ils ont évolué comme nous qui avons progressé dans nos prises de vue, comme dans notre enseignement d’ailleurs. Ils se sont enrichis avec des récits écrits, puis oraux permettant d’accéder à l’expérience des élèves en train d’apprendre.

GV : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

PDJ-NT : Nous sommes enseignants d’EPS dans un collège à Saint-Nazaire. C’est une aventure qui a démarré en 2007. Ce projet est donc porté par des enjeux scolaires. C’est ce qui nous incite à sélectionner des techniques pour ce qu’elles produisent chez les élèves au-delà du geste à apprendre : le développement de la motricité générale, l’ouverture culturelle, la sensibilisation à l’environnement, au vivre ensemble… C’est aussi ce qui nous donne une grande liberté pour élaborer des progressions innovantes. C’est enfin ce qui nous oblige à faire progresser tous les élèves, en en laissant le moins possible sur le bord de la route. Comme ce projet se déroule dans le cadre de l’association sportive, c’est pour nous un joli terrain pour innover, étudier l’activité des élèves, et partager des mises en œuvre avec nos collègues (Cf. publications à la fin).

GV : Comment est venue cette idée ? Avez-vous eu facilement l’appui de votre collège ?

PDJ-NT : Notre ancien directeur nous a beaucoup encouragé et soutenu, comme les parents d’élèves.

Nous voulions tirer profit de l’emplacement de l’établissement face à la mer. Le kayak s’est imposé comme la possibilité la plus intéressante compte tenu de nos contraintes (accès, marnages, orientations des vents dominants). Le collège a fait l’acquisition d’une flotte, mais après la première année l’enthousiasme s’est émoussé.  Pagayer au « long cours » intéressait peu les adolescents, ou peut-être n’étions-nous pas suffisamment armés pour les sensibiliser à ce type de pratique. En revanche, les esquimautages plaisaient beaucoup aux élèves et il faut bien le reconnaître à nous aussi qui nous sommes pris de passion pour ces gestes. En même temps que nous découvrions ces techniques et cette culture, nous voulions la partager avec nos élèves. Nous sommes en 2007 et il y a peu d’endroits pour apprendre. Alain Kerbiriou nous a mis le pied à l’étrier, et puis au fil des stages et symposiums nous avons étoffé notre bagage technique. Qajaq USA, les vidéos de Cheri&Turner comme celles de Maligiaq et Dubside (3) nous ont beaucoup aidés.

Pour nous, l’apprentissage des techniques de pagaie était indissociable du contexte d’émergence (4). Un peu pompeusement, portés par notre enthousiasme naissant, nous avions sous-titré sur la première page du blog « À la recherche des gestes oubliés ». 

Comprendre les gestes et leur histoire était aussi important que les réaliser. Nous avons obtenu une heure par quinzaine pour aborder cette problématique.

C’était stimulant, car nous avions conscience de tenir une expérience originale en étudiant ces techniques et le quotidien des chasseurs groenlandais.

GV : Quelles classes sont concernées par ce projet ? Combien êtes-vous à vous impliquer sur ce projet ?

PDJ-NT : Le projet se déroule dans le cadre de l’association sportive (AS QAJAQ). Il concerne des élèves de troisième (qui ont choisi cette option), que nous avons rapidement souhaité regrouper en une seule classe… pour différentes raisons :

– Profiter de la dynamique du groupe pour créer un climat propice à l’ensemble des apprentissages scolaires ;

– Utiliser le kayak pour donner du sens à certains contenus dans d’autres disciplines (marées en mathématiques, chants inuits en musique, récits d’émotions en français, etc.) ;

– Placer les heures de pratique à un autre moment que le mercredi souvent très encombré par les autres activités.

GV : Combien êtes-vous à vous impliquer sur ce projet ?

PDJ-NT : Comme dans toute association, il y a du monde. Les collègues des autres matières bien-sûr, et aussi les parents d’élèves qui participent aux transports (par exemple en fin d’année pour notre traditionnelle sortie dans les courants du Golfe !). Et puis sporadiquement des intervenants au gré des rencontres, de l’actualité…

Des figures du kayak (5) ont contribué aussi à cette aventure. Nous sommes allés rencontrer Alain Kerbiriou dans son atelier, visité l’usine Plasmor. Et puis, Nicolas Dubreuil, Dominique Simonneau, Sandie Desbois, Jocelyne Ollivier-Henry sont venus nous raconter chacun à leur façon leur expérience du Groenland. Jacques Godin récemment s’est déplacé avec ses toiles et dessins pour raconter Apsuma (sur les traces de Jorn Riel). Bien sûr, il y a aussi Loïk Bourdon avec qui nous avons passé des moments inoubliables.

GV : Pouvez-vous nous donner quelques cas concrets de collaboration avec d’autres enseignants (français, histoire-géo, art plastique, autres…) ? Les élèves réalisent-ils des constructions de pagaie ?

PDJ-NT : Oui, c’est même l’intérêt premier de cette classe que de fournir un appui pédagogique aux différentes matières. Il y a eu beaucoup de choses de faites. En arts plastique, par exemple, une BD à partir d’un texte de Jorn Riel (6), une fresque sur notre local à kayaks, un film d’animation, en français l’étude de romans (De pierre et d’os) (7), etc. Les films que nous montrons aux élèves sont en anglais VO.

Livrer ses ressentis est une priorité dans ce projet. Nous pensons que c’est en mettant des mots sur ce qu’on ressent qu’on apprend réellement. Sinon, on fait semblant. C’est la raison pour laquelle nous sollicitons régulièrement les élèves pendant le cours pour qu’ils donnent leurs impressions, et systématiquement à la fin du cours pour partager leur expérience. Plus exceptionnellement, ils ont également l’opportunité, notamment en cours de français, d’écrire sur un épisode qui les a marqués.

Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais le temps. Pour la construction d’une pagaie, nous y avons souvent pensé, mais c’est un projet très chronophage.

Kayak de mer : ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)
Kayak de mer : ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)

GV : Combien d’encadrants y a-t-il sur l’eau et pour combien d’élèves ?

PDJ-NT : La classe est divisée en deux groupes. Sur l’eau nous sommes deux pour un groupe de 13 élèves maximum.

GV : Quels kayaks utilisez-vous ?

PDJ-NT : La flotte est majoritairement constituée de Kitiwec. C’est le kayak qui nous a paru le plus polyvalent à nos débuts, et puis il est joli sur l’eau ! Progressivement, la flotte s’est agrandie de kayaks plus adaptés aux esquimautages. En début d’année nous utilisons quatre Greenland ainsi qu’un Torda et un Black Pearl. Très récemment nous avons acquis un Najà pour les petits gabarits. L’arrivée de ces kayaks inspirés des kayaks traditionnels nous a beaucoup aidé pour les apprentissages. Pour s’adapter au marché américain, Tahé Marine avait légèrement agrandi l’hiloire et du coup nous avons pu acquérir des petites hiloires bradées qui en réalité étaient parfaites pour nos élèves.

Nous avons aussi un toile et bois Kerlo, hélas plus en état de naviguer. Il faudrait refaire la peau qui a beaucoup vécu.

GV : Est-ce que les élèves choisissent la classe kayak et sur quels critères ?

PDJ-NT : Oui ce sont les élèves qui choisissent et nous sommes très attentifs sur ce point. En fin d’année nous présentons le projet à tous les élèves. Les candidatures dépassent régulièrement le nombre de places offertes et nous devons sélectionner 26 élèves (13 filles et 13 garçons). Aucun prérequis en kayak de mer n’est nécessaire pour y participer. Notre volonté est de recruter des élèves réellement motivés par le projet, c’est-à-dire disposés à accepter des situations inhabituelles, se lancer des défis et se soucier des autres. En fin de quatrième, nous offrons la possibilité à tous les élèves qui candidatent pour cette classe de vivre une première leçon d’esquimautage (49 élèves en 2021). C’est sur leur motivation en acte que nous les sélectionnons.

GV : Tous les élèves réussissent-ils à bien vivre cette activité, tout le monde n’est pas souple, à l’aise sur l’eau, voire dans l’eau ? Y a-t-il des enfants qui refusent de le suivre ?

Les élèves retenus sont très motivés. C’est le levier principal de leur progrès. Tous n’ont pas les mêmes ressources, mais ils sont portés par le projet. Certains ont besoin de plus de temps, d’autres à l’inverse esquimautent avec les mains dès la première séance. Une des forces du projet est de partir de zéro. Personne ne sait esquimauter au départ. Rares sont les occasions à l’école de se confronter tous ensemble à quelque chose qu’on ne sait pas faire. Cela aide les élèves les moins à l’aise à saisir leur chance comme les autres.

GV : A la fin de la vidéo présentant votre projet sur votre site asqajaq.fr on entend : « Qu’ils soient sur l’eau, ou en classe, deux questions les animent :– Quelle est la place du qajaq dans la culture inuk ? – Quelle est la place de la culture inuk dans leur pratique du kayak ? ». Pourriez-vous nous en dire plus sur la philosophie de votre projet ASQAJAQ ?

PDJ-NT : Nous pourrions dire du projet qu’il est une petite anthropologie (8) du kayak arctique. Ce sont les techniques de pagaie et les esquimautages le principal sujet d’étude. C’est d’abord une compréhension en acte et par le geste qui nous conduit bien sûr à évoquer avec les élèves une quantité d’autres sujets. Dans une séance nous comparons souvent notre quotidien à celui des inuits passé ou d’aujourd’hui. Dès la première séance, les élèves apprennent à esquimauter, avant même de naviguer. Ils ne commencent à pagayer qu’à la troisième ou quatrième séance. Ce sont vraiment les esquimautages notre porte d’entrée.

C’est une manière originale d’aborder la culture à l’école. Les élèves travaillent généralement sur d’autres cultures à partir de lectures ou documentaires. L’originalité du projet est d’y entrer par l’action. Nous pensons qu’on peut mieux comprendre l’autre en s’essayant à ses pratiques. C’est peut-être là d’ailleurs que se situe le profondément culturel : non pas dans les gestes, mais dans ce qu’on éprouve en réalisant ces gestes.

GV : Cette activité kayak est-elle orientée compétition, sport collectif, relaxation, travail sur soi et vie en groupe, découverte de la nature, interrogation sur une autre culture ?

PDJ-NT : Rien de tout cela, mais tout ça un peu quand même ! La compétition n’est pas une finalité, ni la confrontation collective, ni le travail sur soi, etc., mais au fil des séances et selon les thématiques étudiées ces différentes notions sont développées bien sûr, et certaines peuvent devenir saillantes ponctuellement !

Par exemple, la pratique est compétitive quand nous proposons des mini-concours pour inciter les élèves à se dépasser et se situer dans leur progression. Elle peut être quasi artistique quand les élèves réalisent des chorégraphies collectives pour prendre conscience d’erreurs qui passent sinon inaperçues (geste inachevé, précipitation, blocage dans la rotation, gestes parasites ou compensatoires, etc.). D’autres fois, le kayak est une pratique de pleine nature quand les élèves rencontrent par exemple les courants du Golfe et perçoivent l’intérêt des manœuvres pour s’amuser sans crainte dans des reprises de courant. D’autres fois encore, c’est quasiment une pratique de développement de soi quand ils prennent conscience par des exercices respiratoires, posturaux et de coordinations, que leurs réflexes de terrien peuvent leur jouer des tours (en particulier quand la tête, les épaules et le bassin veulent remonter en même temps dans les esquimautages !).

On s’adapte beaucoup en fait. Il n’y a rien d’écrit dans le marbre. Souvent la séance se construit progressivement en fonction de ce qui se passe in situ.

On aime bien cette forme de travail… avec ses surprises souvent fécondes d’ailleurs !

GV : Pour les élèves, la découverte de la rudesse, voire de la violence de la vie des inuits résonne-t-elle avec nos vies d’occidentaux ? Sont-ils sensibles aux évolutions climatiques qui fragilisent l’environnement du Grand Nord encore plus fortement qu’ailleurs ?

PDJ-NT : Ils y sont très sensibles. Ce sont des questions que nous abordons fréquemment pendant l’heure de technologie du kayak. Nous leur montrons des films qui questionnent notre monde contemporain et son évolution. Amphibious man par exemple. Les noces de Palo (8) aussi sont un moment fort de l’année. Les élèves peuvent interrompre le visionnage à tout moment pour soulever des questions, faire des remarques. De notre côté, nous encourageons ces échanges entre eux sous réserve qu’ils soient argumentés. Parfois ce sont des textes ou encore des podcasts que nous étudions, toujours en privilégiant les interactions entre eux… culture orale oblige.

Ils sont en troisième et beaucoup choisissent justement de montrer comment le projet kayak a nourri leur parcours citoyen dans le cadre de leur oral du brevet. Ils s’appuient sur leur pratique, des reportages, des lectures, des expériences personnelles pour travailler sur les discriminations culturelles ou questionner les relations entre l’humain et le non-humain, entre le vivant et le non-vivant, entre l’ancien et le contemporain.

D’ailleurs, ce matin, une discussion s’est installée dans la classe en visionnant les Noces de Palo. Les élèves ont vu des umiaks à l’écran. Nous avons attiré leur attention sur la largeur des pales et déconstruit l’argument qui affirme que les chasseurs groenlandais utilisaient des pagaies étroites parce qu’ils ne trouvaient pas le bois ad hoc pour en fabriquer de plus larges. Dans la foulée, nous avons évoqué avec eux ces polémiques qui agitent souvent les kayakistes entre tradition et modernité. Nous avons organisé un débat en divisant la classe en deux parties, chacune devant faire l’apologie d’une pagaie. Le plus dur a été de trouver des volontaires pour la pagaie plastique, mais quelques-uns s’y sont prêtés de bonne grâce et courageusement ! Enfin presque, car un des rares volontaires pour défendre la pagaie moderne l’avait confondue avec la pagaie bois. C’était ludique, passionnant, et surtout une opportunité de les préparer à argumenter.

GV : Développez-vous un apprentissage de la pratique du kayak de mer sous nos latitudes ? Apprenez-vous la mer : marées, vagues, vent, etc. ? Abordez-vous la notion d’itinérance et d’autonomie ?

PDJ-NT : En une année nous survolons ces questions, sans jamais vraiment les approfondir. On ne peut pas étudier tout le kayak en 14 demi-journées. Encore une fois, ce sont les circonstances qui orientent nos interventions. Par exemple, avant notre séjour dans le Golfe du Morbihan, on approfondit l’importance des courants en étudiant la carte marine avec eux :

« Quand vous regardez attentivement cette carte à votre avis, où est-ce que ça risque de pousser au maximum ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Qui n’est pas d’accord et pourquoi ? Dans quelle direction est-il préférable de partir ? On verra maintenant qui a raison sur l’eau !

On aborde un peu la théorie des bacs… davantage pour les mettre en appétit que pour leur faire comprendre, car c’est surtout sur l’eau qu’ils apprennent. Les élèves ont tellement d’occasions d’apprendre des choses à l’école sans les mettre à l’épreuve que nous privilégions, autant que possible, l’apprentissage en acte.

GV : Traitez-vous des risques potentiels à la navigation en mer ? De la prise de responsabilités ?

PDJ-NT : Oui, mais ça reste limité à leur pratique. Il y a deux séances consacrées aux récupérations. On leur a donné un algorithme à suivre :
Si je peux esquimauter, j’esquimaute.
Si je n’y arrive pas, je nage calmement sans déjuper en attendant un appui.
Le cas échéant, je déjupe et j’attends de l’aide comme je l’ai appris
Il nous arrive de nous renverser de façon impromptue pour les entraîner aux manœuvres de récupération.

GV : Le kayak de mer se pratique souvent en groupe, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Est-ce un moyen de parler de solidarité, de gestion d’un groupe, de complémentarité, d’organisation ?

PDJ-NT : Dans ce projet, le kayak est une pratique collective. Les élèves apprennent à comprendre, faire confiance et donner confiance à leurs camarades. Dès le début de l’année, les ateliers d’esquimautage sont là pour créer du lien entre les élèves. Ils ont besoin de la main de l’autre pour trouver un appui supplémentaire et se remonter. Nous les encourageons aussi à partager leurs expériences, leurs ressentis dans les débriefings. C’est une manière de construire du commun dans la classe. Plus largement, nous essayons d’aiguiser chez eux le souci de l’autre en navigation : avoir un œil sur les kayaks autour d’eux, demander ou apporter de l’aide sans solliciter un enseignant, s’engager ou renoncer en tenant compte du niveau global du groupe, etc.

GV : Avez-vous réalisé des bivouacs dans le cadre de cette pratique : dormir à la belle étoile, emporter le minimum,… ?

PDJ-NT : Non.

GV : Il y a un Pôle national de formation SNSM à côté de votre collège (8 rue Hippolyte Durand), avez-vous eu des échanges avec eux ?

PDJ-NT : Oui, nous les avions sollicités à l’occasion de la visite de France 3 pour la réalisation d’un court documentaire sur la classe. Ils nous avaient gentiment assistés et transporté le cameraman et le preneur de son dans leur Zodiac.

GV : Quelles sont les réactions des parents ? Quel est le rôle des vidéos dans la relation parents/professeurs et parents/enfants ?

PDJ-NT : Il est vrai que les parents ont généralement une vision partielle de ce que font leurs enfants à l’école. Ils voient ce qu’ils ont produit, mais rarement leurs enfants en train d’agir. Les vidéos sont une porte ouverte sur ce qui se vit en cours.

GV : C’est joli à voir, faites-vous des animations publiques devant les parents d’élèves ou devant tout public ?

PDJ-NT : On est d’accord, un roll bien exécuté est joli à voir… enfin avec une pagaie groenlandaise bien sûr ! C’est probablement d’ailleurs l’une des raisons qui explique l’attrait des élèves pour cette pratique.

Les premiers explorateurs danois qui ont vu des esquimautages avaient mentionné « une sorte de danse dans de curieuses embarcations ».

Mais non, nous n’organisons pas d’animations. Ça reste scolaire, même si une fois nous avions clos l’année par une compétition dans l’esprit des jeux groenlandais. La manifestation avait attiré des curieux et son lot de commentaires amusants.

En fin d’année, nous organisons une soirée pour visionner le DVD souvenir avec toutes les vidéos de l’année… enfin, ça c’était avant le covid !

GV : Et quand vous faites des exercices, apparemment vous êtes parfois près de la plage ou des voies piétonnes, quand les élèves embarquent ou débarquent ont-ils des échanges avec les passants sur leur activité ?

PDJ-NT : Parfois en effet. Quand la mer est basse, les élèves se déplacent jusqu’à la base nautique. Les promeneurs sont amusés de croiser ces élèves affublés de pagaies en bois. Parfois ils nous interpellent pour en savoir un peu plus…

GV : Avez-vous écrit des articles et des livres sur cette expérience originale ?

La classe a effectivement a fourni un terrain d’étude et permis la publication de divers articles professionnels et scientifiques :

Terré, N., & Jan, P.-D (2019). Apprentissage du risque en kayak de mer. In O. Petiot (Ed.), Le risque, Pour l’Action. Editions EP&S. [Lien]

Terré, N., Sève, C., & Huet, B. (2020). La construcción conjunta de un observatorio y un objeto teórico : el ejemplo de la historia de la experiencia y el espacio de acciones. Laboreal. [Lien (français)]

Terré, N., Sève, C., & Huet, B. (2020). L’évolution de l’espace d’actions des élèves : une aide à la compréhension des apprentissages en Éducation Physique et Sportive. Une étude de cas réalisée avec des élèves de troisième en kayak de mer. eJRIEPS, 47. [Lien]

Terré, N., Saury, J., & Sève, C. (2013). Émotions et transformation des connaissances en éducation physique : une étude de cas en kayak de mer. eJRIEPS, 29, 27-58. [Lien]

Notes :

(1) Kinnguffik paarlallugu
Se rétablir sur le dos du coté opposé au renversement. Aussi appelé esquimautage standard. Se commence en avant et se termine en s’allongeant derrière pour revenir à la position de départ. C’est l’esquimautage « à tout faire », et celui qui est souvent appris en premier.

(2) Innaqatsineq
En s’allongeant sur le dos. Se réalise en tenant la pagaie avec les paumes de main orientées vers le haut. Le kayak doit être maintenu à angle droit avec la surface de l’eau (même si, en dehors des compétitions, l’embarcation est plutôt à plat, ce qui nécessite d’arrondir le dos). Il permet de se reposer, de prévenir une chute, et c’est aussi un bon éducatif pour l’esquimautage standard.

(3) Qajaq USA
https://www.qajaqusa.org/

Cheri&Turner
https://www.cackletv.com/sea-kayaking-dvds/this-is-the-roll/

Maligiaq
https://www.canotier.com/fr/auteur/maligiaq-padilla

Dubside
https://www.canotier.com/fr/greenland-rolling-part-1-2

(4) Terré, N., & Jan, P.-D (2019). Apprentissage du risque en kayak de mer. In O. Petiot (Ed.), Le risque, Pour l’Action. Editions EP&S. [Lien]

(5) figures du kayak :
Alain Kerbiriou
http://www.diagonale-groenland.asso.fr/kerlo.html
Plasmor

https://www.plasmor.fr/
Jacques Godin
https://www.jacques-godin.com/apsuma

Nicolas Dubreuil
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Dubreuil

Dominique Simonneau
https://www.dailymotion.com/dominique-simonneau
http://diagonale-groenland.asso.fr/

Sandie Desbois (pas de lien)
Jocelyne Ollivier-Henry
https://www.babelio.com/auteur/Jocelyne-Ollivier-Henry/371404
Loïck Bourdon
https://www.canotier.com/fr/auteur/loick-bourdo
n

(6) Jorn Riel
https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%B8rn_Riel

(7) De pierre et d’os (Bérengère Cournut)
https://le-tripode.net/livre/berengere-cournut/de-pierre-et-dos

(8) Anthropologie – dictionnaire Le Robert :
Ensemble des sciences qui étudient l’homme en société. — Anthropologie culturelle, qui étudie les croyances, les techniques, les institutions, les structures sociales.

(9) Les Noces de Palo (1933 – un film de Knud Rasmussen et Friedrich Dalsheim)
https://www.comitedufilmethnographique.com/film/les-noces-de-palo-1933-78-min/

Inuits (Wikipedia)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Inuits

Interview de Pierre-Dominique Jan (PDJ) et Nicolas Terré (NT), professeurs E.P.S.
Les questions sont de « GV » : Guy Lecointre et Véronique Olivier

Ci-dessous, bande dessinée scolaire inspirée d’extraits du livre de Jørn Riel « Le Jour avant le lendemain » https://www.babelio.com/livres/Riel-Le-jour-avant-le-lendemain/15991

Kayak de mer : ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)
Kayak de mer : ASQAJAQ (sauvetage.kayakalo.fr)